Le discours fictif de Bernard Thibaut (CGT)

Voici le seul discours syndicaliste qui entrera dans l’Histoire !

« Mes amis,

Je vous propose la Renaissance Bleue. Le rouge de notre histoire restera dans nos mémoires, mais ne saurait dorénavant être source de notre action. Le blanc de nos discours, de nos pages vides depuis trop longtemps, va se transformer en la plus belle des couleurs, celle de la mer, profonde et en mouvance permanente, celle du ciel où l’on peut toujours aller plus haut… nos mots seront désormais bleus.

Oui, nous avons vite besoin de notre Renaissance bleue, car nous sommes quasi morts, en état d’attente de notre mort ! Nous traversons une grave crise : le taux de syndicalisation en France est passé de 25 % de la population active au milieu des années 70 à 9 % aujourd’hui ; c’est le taux le plus faible des pays de l’Union européenne. Comment avons-nous pu en arriver là ? Avons-nous eu le courage de nous poser cette simple question ? Eh bien, voici ma réponse : les travailleurs nous ont abandonnés, car tout simplement nous ne répondons plus à leurs attentes. Nous n’avons pas su nous adapter à l’évolution de la structure de l’économie, au déclin des industries traditionnelles, nos bastions historiques. Également, notre comportement corporatiste, nos considérations exclusivement idéologiques, notre approche dénuée de pragmatisme ont lassé le monde des salariés.

Ayons le courage donc de nous remettre en question. Nous devons renaître, dès aujourd’hui !

Avant de définir notre rôle et nos responsabilités avenir, il nous faut oublier quelques idéaux qui endorment nos esprits depuis trop longtemps ; nous renoncerons également à la défense de certains privilèges qui ne sont plus justifiables et que notre pays n’a plus les moyens de s’offrir que par l’emprunt d’État, honteuse, facile et fausse solution qui vide les poches de nos enfants encore en culottes courtes.

Tout d’abord, ayons pleinement conscience que le travail n’est pas un dû, mais undevoir ! En effet, depuis la nuit des temps, les hommes doivent travailler pour survivre, ils n’ont pas le choix. Le travail, la sueur du front, est une condition humaine première, la condition de survie de tous les êtres vivant sur terre. Croire que l’on peut y échapper est totalement illusoire, mais surtout, et c’est là que nous avons pêché, croire qu’il nous est dû est de l’ordre de la naïveté, de la puérilité. Le travail est une obligation, certainement pas un état auquel on peut prétendre !  Il ne tombe pas du ciel (comme envoyé par le Dieu-Etat ou la Déesse-Entreprise), nous n’avons au contraire pas d’autres choix que d’aller le chercher, car il est indispensable à notre survie. Et s’il venait à disparaître, il nous faudrait vite en trouver un nouveau, comme le chasseur doit se fabriquer rapidement une nouvelle lance s’il a perdu l’ancienne, sans s’apitoyer sur son sort ; encore une fois : il n’a pas le choix.

Ensuite, nous devons abandonner l’emploi à vie dans la fonction publique. Ce privilège engendre des esprits et des raisonnements extrêmement malsains, car il crée un décalage avec la réalité de notre condition humaine : rien n’est jamais acquis définitivement, ni la santé, ni les amours, ni le travail… tout peut s’envoler du jour au lendemain. Nous sommes contraints à la remise en question quotidienne. Il n’y a rien de dramatique à cette condition : il suffit de l’accepter ; nous devons même l’aimer, car elle nous pousse à garder les yeux ouverts, à ne jamais nous endormir. Également, ce privilège de l’emploi à vie coupe la France en deux : les sécurisés et les précaires. Cette situation, de plus en plus déstabilisatrice de l’harmonie sociale de notre pays, apparaît d’autant plus au grand jour en période de crise économique. Il ne fait que générer jalousies et frustrations ; pire encore, il n’éveille chez nos jeunes, les porteurs de l’avenir du pays, que des vocations molles, sans risque, de travail minimum… Comment la France peut-elle se relever dans ces conditions ? Le risque, je dirais même la pleine acceptation de la précarité de sa condition personnelle, est la condition première du dynamisme, de la création d’entreprise, donc de la création d’emplois. Ne souhaitons-nous pas que les chômeurs retrouvent du travail ? Eh bien qu’il en soit ainsi : adieu à l’emploi à vie. Et si on nous le propose à nouveau dans quelques années, car la croissance sera revenue, refusons-le, de toutes nos forces ! Qu’il ne vienne plus jamais endormir nos esprits !

Aussi, il convient d’ouvrir un débat courageux sur les retraites. Il n’est de secret pour personne que le vieillissement de la population fera déraper la dette publique si rien n’est fait rapidement. Il est prévu que les plus de 60 ans représenteront en 2050 46 % de la population contre 25 % en 2005. Les comptes de la branche vieillesse se dégradent rapidement avec des pertes de plus en plus abyssales. Alors que l’on devrait repousser l’âge de la retraite, c’est l’inverse qui se produit en raison surtout des départs anticipés. Sans évolution radicale de notre système de retraite, notre dette franchira la barre des 200 % du PIB en 2050 ! Qui doit agir ? Doit-on attendre que l’État prenne des décisions difficiles et irons-nous alors, comme par le passé, descendre dans la rue pour protéger ce système ? Non ! C’est nous, syndicalistes, qui allons engager un vrai débat, faire des propositions, parce que désormais nous serons responsables, nous allons dépasser des intérêts égoïstes de nos vies et allons penser enfin à nos enfants pour ne pas leur laisser comme héritage une dette qui les empêcherait de vivre correctement. Nous allons faire plusieurs propositions et la première d’entre elles sera la suppression immédiate des régimes spéciaux de retraite dont bénéficient les salariés de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF, de La Poste, de la Banque de France ou encore les parlementaires, parce qu’ils sont une insulte insupportable pour les autres salariés qui travaillent non moins dur ni moins longtemps que ces privilégiés. C’est parce que nous respecterons désormais ces seconds que les premiers doivent s’aligner. Nous allons également ouvrir nos esprits et nous inspirer des autres pays européens qui ont déjà commencé à réformer leur système de retraites afin de parvenir à un équilibre financier. En Suède par exemple, pays considéré comme un modèle en la matière, plus le salarié travaille, plus sa retraite est importante ; l’âge légal de départ à la retraite est de 65 ans, mais, à partir de 61 ans, chacun est libre de le choisir à sa convenance le moment de son départ, en acceptant évidemment une baisse relative de sa pension.

Comment allons-nous nous y prendre pour relever les défis qui nous attendent ?

Très lucidement, Raymond Aron nous interrogeait : « Rêver de révolution, est-ce une manière de changer la France ou de la fuir ? » Nous avons enfin compris, et à cette minute, enterrons donc définitivement le syndicalisme latin révolutionnaire et élevons-nous vers le syndicalisme réformiste, responsable, d’inspiration anglo-saxonne, germanique ou scandinave…

 

Extrait du livre « Français, réveillez-vous! »  que vous pouvez vous procurer chez votre libraire habituel et sur

      

 

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