Les « preuves de Dieu »

 

En hommage à Charlie Hebdo et à l’esprit athée cinglant, mais drôle et vivifiant qui y régnait, vous trouverez ci-dessous un passage de mon dernier livre…

 

Les « preuves » de Dieu ont fleuri à travers des âges… Dans l’argument cosmologique (ou de régression à l’infini), Dieu est la cause de tout. Cet argument est développé par plusieurs philosophes comme Platon (Les Lois, le Timée), Aristote (La métaphysique) et Saint Thomas d’Aquin. Examinons cette preuve : « Tout être fini et contingent doit avoir une cause et ne peut se causer lui-même. Une chaîne causale ne peut être infinie. Donc une première cause se causant elle-même doit exister. » Cette « preuve » repose sur la présupposition que seul Dieu peut mettre fin à cette régression. Or « l’atome » de Démocrite est un exemple de solution alternative à la logique de la régression (c’est d’ailleurs pour cette raison que Platon haïssait tant Démocrite). Cet argument, on le voit, pose la question « qui a créé Dieu », à laquelle il n’y a jamais eu de réponse satisfaisante ; Ockham s’est réfugié dans cet argument désespéré : l’existence de Dieu ne peut être « démontrée »… que pas la foi…

L’argument du degré de Saint Thomas d’Aquin postule que les choses du monde diffèrent entre elles selon des degrés ; l’homme étant à la fois bon et mauvais, nous ne pouvons juger que par rapport à un degré souverain (et non humain), donc Dieu existe. Cet argument a été facilement démonté par les logiciens, car on pourrait prendre comme degré souverain un « maximum parfait de puanteur » et on arriverait à la même conclusion.

L’argument physico-téléologique (ou argument du dessein) se résume ainsi : « Ce qui est fait en vue d’une certaine fin est l’œuvre d’une intelligence. Or le monde contient des fins. Donc il existe une intelligence qui est à l’origine de la création du monde, à savoir Dieu. » Cet argument est le seule encore utilisé aujourd’hui régulièrement. Mais il s’effondre dès lors qu’on estime qu’il ne va pas de soi que le monde contient des fins : par exemple, l’eau existe-t-elle en vue de la survie des hommes ? Aussi, on sait aujourd’hui que l’évolution s’est construite essentiellement par tâtonnements (la nature procède à d’innombrables essais infructueux, des erreurs, avant de retenir finalement une évolution bénéfique).

L’argument ontologique (il est a priori, par opposition aux arguments précédents, tous a posteriori), fut formulé la première fois par Anselme de Cantorbéry en 1078, puis reformulé plus tard par plusieurs philosophes : si je peux concevoir un être absolument parfait, alors, cet être parfait doit nécessairement exister, puisque ne pas exister n’est pas une perfection et serait donc contraire à sa nature. Pour Kant, cette preuve ne tient pas, car elle présuppose que « l’existence » est plus « parfaite » que la non-existence. Pour illustrer cette réfutation, on peut dire par exemple que ma future voiture sera mieux avec quatre portes que deux, mais que voudrait dire qu’elle sera mieux si elle existe que si elle n’existe pas ?

L’argument de la beauté peut être évoqué ainsi : comment expliquer Shakespeare, Beethoven ou Michel-Ange ? C’est l’argument le moins sérieux, mais le plus populaire sans doute, car tout le monde le comprend… Il repose tout bêtement sur une jalousie du génie : j’en suis incapable, c’est donc l’œuvre de Dieu…

Quant au pari de Pascal, il est formulé ainsi : même s’il existe une possibilité que Dieu n’existe pas, mieux vaut croire en lui (parier qu’il existe), car si vous gagnez votre pari, vous serez bien placé pour gagner la fidélité éternelle ; si vous perdez, cela ne change rien. La faille de cet argument est que la foi ne relève pas d’une décision : on pourrait feindre de croire en Dieu pour gagner le pari… Or un Dieu bon n’aimerait-il pas davantage un athée convaincu qu’un adepte qui croit en lui par calcul ? On peut aussi renverser l’argument : supposons qu’il existe une petite chance que Dieu existe ; alors si l’on parie qu’il n’existe pas, notre vie sera mieux remplie, car inutile de le vénérer, de lui faire des offrandes, de donner sa vie pour lui…

Enfin, les croyants mettent souvent en avant l’argument de l’absence de preuve de l’inexistence de Dieu. Pour réfuter cet argument, le philosophe et logicien Bertrand Russell (1872-1970) fit une analogie célèbre (connue sous le nom de théière de Russell) pour contester l’idée que c’est au sceptique de réfuter les bases infalsifiables de la religion. Il écrit dans l’article intitulé Is there a God ? : « Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans d’anciens livres, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée ou de l’Inquisition en des temps plus anciens. »

 

       

 

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